accueil de lirecreer.org Les Classiques les Passantes, poème d'Antoine Pol Antoine Pol (1888 - 1971)
les Passantes, poème d'Antoine Pol   Je veux dédier ce poème
A toutes les femmes qu'on aime
Pendant quelques instants secrets.
A celles qu'on connait à peine,
Qu'un destin différent entraîne
Et qu'on ne retrouve jamais.
A celle qu'on voit apparaître
Une seconde à sa fenêtre
Et qui, preste, s'évanouit
Mais dont la svelte silhouette
Est si gracieuse et fluette
Qu'on en demeure épanoui.
A la compagne de voyage,
Dont les yeux, charmant paysage,
Font paraître court le chemin
Qu'on est seul, peut-être, à comprendre
Et qu'on laisse pourtant descendre
Sans avoir effleuré sa main.
A la fine et souple valseuse
Qui vous sembla triste et nerveuse
Par une nuit de carnaval
Qui voulut rester inconnue
Et qui n'est jamais revenue
Tournoyer dans un autre bal.
  A celles qui sont déjà prises
Et qui, vivant des heures grises
Près d'un être trop différent,
Vous ont, inutile folie,
Laissé voir la mélancolie
D'un avenir désespérant.
Chères images aperçues,
Espérances d'un jour déçues,
Vous serez dans l'oubli demain.
Pour peu que le bonheur survienne,
Il est rare qu'on se souvienne
Des épisodes du chemin.
Mais si l'on a manqué sa vie
On songe avec un peu d'envie
A tous ces bonheurs entrevus.
Aux baisers qu'on n'osa pas prendre,
Aux coeurs qui doivent vous attendre,
Aux yeux qu'on n'a jamais revus.

Alors, aux soirs de lassitude,
Tout en peuplant sa solitude
Des fantômes du souvenir
On pleure les lèvres absentes
De toutes ces belles passantes
Que l'on n'a pas su retenir.
les Passantes, poème d'Antoine Pol
Illustration : Goya " Femmes au balcon " (fragment) - mise en page © Catherine Bastère-Rainotti Retour aux Poésies