accueil de lirecreer.org Les Classiques Juste le temps de vivre, poème de Boris Vian Boris Vian (1920 - 1959)  

Ne manquez pas d'écouter ce poème, dit par Philippe Clay, sur le site " Vive voix " Vive Voix, anthologie sonore de poésie anthologie sonore de poésie.

  Il a dévalé la colline,
Ses pieds faisaient rouler des pierres.
Là-haut, entre les quatre murs,
La sirène chantait sans joie.

Il respirait l'odeur des arbres,
Il respirait de tout son corps,
La lumière l'accompagnait
Et lui faisait danser son ombre.

Pourvu qu'ils me laissent le temps !
Il sautait à travers les herbes,
Il a cueilli deux feuilles jaunes
Gorgées de sève et de soleil.

Les canons d'acier bleu crachaient
De courtes flammes de feu sec.
Pourvu qu'ils me laissent le temps !
Il est arrivé près de l'eau,
Goya, El tres de mayo   Il y a plongé son visage,
Il riait de joie, il a bu.
Pourvu qu'ils me laissent le temps !
Il s'est relevé pour sauter.

Pourvu qu'ils me laissent le temps !
Une abeille de cuivre chaud
L'a foudroyé sur l'autre rive.
Le sang et l'eau se sont mêlés.

Il avait eu le temps de voir,
Le temps de boire à ce ruisseau,
Le temps de porter à sa bouche
Deux feuilles gorgées de soleil,

Le temps de rire aux assassins,
Le temps d'atteindre l'autre rive,
Le temps de courir vers la femme.
Juste le temps de vivre.
Illustration : Goya " El tres de mayo " (fragment) - Mise en Page © Catherine Bastère-Rainotti Retour aux Poésies