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CHRONIQUE DE LA VIE ORDINAIRE

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Notre Mioute, la chatte dont je vous parlais au mois de janvier de cette année, a
fauté. Avec quel chat ? Mystère.
Vous savez ce que c'est, on dit : oui, oui, je vais la faire opérer, pensez donc !
je n'envisage pas de créer un élevage … Et puis, les mois passent, on la voit
toujours petite, on pense qu'elle ne peut pas franchir de grands murs, on sait
que le chat des voisins est castré, on n'imagine pas que les mâles entiers,
eux, sont capables de toutes les prouesses pour atteindre leurs belles.
Bref, la Mioute a fauté en juillet. La vie trouve toujours son chemin.

Alors, le 23 août dernier, au matin, elle miaulait désespérément, visiblement en
quête d'un endroit discret où poser ses fruits. Elle aurait pu tenter l'extérieur, la
fuite, le secret. Mais non. Elle choisit la maison, elle nous choisit nous, les
humains.
Elle fit le siège de son père putatif (complètement gâteux d'elle en règle géné-
rale) qui ne sut que faire. Enfin, elle se rabattit sur moi, la femelle de son père
putatif (entre nanas, n'est-ce pas ? Et puis, je suis multipare, donc bourrée
d'expérience), et plus particulièrement sur le placard mural de mon bureau
qu'il fallut que je vide en toute hâte de son contenu, avant de le garnir, à
toute allure, de linges propres et de vieux pulls moelleux.

Ce matin là, un rêve m'avait réveillée. J'avais rêvé que la Mioute accouchait de
quatre chatons très clairs. Et j'étais étonnée, parce qu'elle est noire et feu.

Mon rêve n'était qu'à moitié vrai. Aussitôt allongée au fond du placard, elle mit
bas trois chatons, deux mâles rouquins, une femelle noire. Ce fut rapidement
fait, en silence. A la fin de l'opération la place était aussi nette qu'un sou neuf.
Confondant…
Je ne savais pas qu'un chat nouveau-né était parfait. Corps parfait, harmonieux,
velouté d'une fourrure parfaite, parfaite la gueule rose déjà armée de fines dents,
parfaits les pattes rondes, les pieds, les griffes, les coussinets, parfaite la tête
garnie de vibrisses hardies, parfaite la queue mobile dont le bout est taillé en
pinceau à ravir.



Allaités par une mère chatte on ne peut plus laitière, disposant de huit tétines
débordantes de lait pour trois, ils grossirent à vue d'œil. En parlant d'œil, ils
ouvrirent les leurs vers dix jours. A trois semaines ils cavalaient partout, sous
la haute égide de la Mioute, aimante, sévère, mais juste. Elle les laisse s'ébattre
jusqu'à un certain point. S'ils l'affolent trop par leurs débordements, elle miaule
sur un ton particulier, censé calmer les chatons. S'ils n'obtempèrent pas au bout
de quelques appels, elle va les chercher un par un. Elle les saisit à la gorge,
les couche contre elle, et leur met une fessée avec ses pattes arrière.

Dieu qu'elle les couve, ses chatons, cette Mioute ! Elle ne sort presque plus,
elle les guette. Elle surveille aussi le chien, au cas où de mauvaises intentions
contre ses enfants l'animeraient. Elle se met en boule près des petits, les pattes
repliées sous elle, les yeux mi-clos, elle scrute. Les pavillons de ses oreilles
tournent comme des radars.
S'approche-t-on trop vite du groupe qu'ils forment ? Elle se lève aussitôt,
offrant son flanc, gonflant un peu son poil, la queue dressée, pour apparaître
plus grande, plus large, plus farouche, plus impressionnante. Elle fait barrière
au danger potentiel. Bergère attentive, elle les appelle autour d'elle. Elle ne les
appelle pas n'importe comment. Elle a une modulation différente pour chacun
d'eux. Elle les a nommés distinctement.

La petite femelle noire, moitié moins grosse et moins haute que ses frères est
l'instigatrice de toutes les découvertes, de tous les nouveaux jeux, des bagarres
géantes où les mâles, même en s'y mettant à deux, n'ont jamais le dessus.
C'est elle aussi l'initiatrice des explorations impossibles. Elle se faufile partout,
grimpe partout. Tombe, retombe, et recommence. Les mâles regardent, ils
attendent que le mouvement soit idéal avant de se lancer à leur tour. Ainsi, de
jour en jour, ils investissent l'espace de plus en plus.

Ils ont deux mois. Déjà ! Et dans un mois ils partiront. Qu'est-ce que je vais
trouver la maison vide...

Catherine Bastère-Rainotti
Chronique de la Vie Ordinaire © 19 octobre 2005 (tdr)
   
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