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CHRONIQUE DE LA VIE ORDINAIRE

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CHRONIQUE DE LA VIE ORDINAIRE

        Ce que j'en dis, chronique de la vie ordinaire

... N'a pas beaucoup d'importance, mais je ne crois pas que ce soit essen-
tiellement parce qu'il était de confession juive qu'un jeune homme, dans
l'immeuble d'une ville française, très récemment, a pu être torturé jusqu'à
ce que mort s'ensuive.

La barbarie n'a pas besoin de " pourquoi ? " Elle est.
Il n'y avait pas de pourquoi dans la tête des gardiens des camps de concen-
tration. Pas plus que dans la tête de ceux qui battent à mort un enfant, ceux
qui lynchent un frère, une sœur.
La cruauté existe dans le cerveau reptilien de chaque humain. Elle n'a besoin,
pour éclore et s'épanouir à l'air libre, que d'un mince prétexte.

A contrario, pour commettre des atrocités, il suffit souvent d'être plusieurs à
vouloir les commettre au même moment, comme si le fait de partager le même
crime avec d'autres allégeait ce crime, au lieu de le multiplier. La folie barbare,
pour se justifier, doit être collective. La frilosité humaine a besoin qu'une tare
honteuse devienne populaire pour la normaliser. Animaux de meute. Encore
que ce soit faire injure aux animaux.

Ainsi ce jeune homme a été enlevé parce que dans l'imagination populaire,
depuis des temps immémoriaux, les Juifs sont réputés riches. L'appât du gain
était le point de départ de son rapt, pas sa finalité. Il a pu être torturé jour après
jour parce qu'il était seul, démuni, face à des bourreaux unis dans leur délire,
dont pas un seul n'a eu, à aucun moment, le courage ou l'envie de rompre le
cercle infernal du plaisir de faire le Mal, de l'impression qu'il donne d'être
tout-puissant.

L'habituel antisémitisme larvé, omniprésent, n'est pas la vraie raison de la
mort de ce jeune homme, j'en suis persuadée. Il reste la cruauté ordinaire
qui n'a pas besoin de raison, je le répète, pour s'exercer.
Fallait-il craindre de le dire à voix haute, de peur de provoquer une panique en
cette furieuse période de politiquement correct, de supposée bonté universelle,
d'esprits blanchis à l'eau de Javel du bien-penser ?

Faire de cette longue agonie une affaire purement antisémite, c'est fausser le
problème, bien que je n'assimile pas, comprenons-nous bien, l'antisémitisme
à un fléau négligeable. C'est que je vois dans le calvaire de ce jeune homme
quelque chose de plus fort que le racisme ou l'antisémitisme, j'y vois l'Amoralité,
la perte de tout repère humain, le Mal à l'état brut.
Ce Mal qu'on affublait d'un maître, le diable, au temps des curés et des confes-
sionnaux, ce Mal maintenant amoindri, éclaté, fractionné, en plusieurs catégories
politiques, philosophiques, psychologiques, et cette Morale qu'on enseignait à la
Laïque, qu'on a abandonnée depuis, au profit de l'Education Civique.

Vous me direz : qu'importe les termes si le contenu reste le même ? Est-ce
qu'un " agent d'entretien de surfaces " ne reste pas un homme ou une femme
de ménage, " une effeuillée d'hiver " une salade d'endives vinaigrette ?
Je vous répondrai que dans le premier cas les gens de ménage récupèrent
enfin la dignité à laquelle ils ont le droit, et dans le deuxième cas, vous payez
trop cher une vulgaire assiette de chicon assaisonné.
Les mots ont un poids, un contenu. On ne les utilise pas innocemment, sans
qu'ils influent sur nos pensées. Chaque mot est un concept, un mot ne peut
pas en remplacer un autre. Particulièrement en français, langue réputée sans
synonymes.

Notre époque se veut lénifiante, apaisante, elle oublie les mots clés, les
remplace par la gestuelle. Un artiste quelconque ne peut plus entrer sur un
plateau télé sans que le public ne se sente tenu de se lever pour l'applaudir
(standing ovation), un chauffard se tuer sur la route sans qu'on y porte des
bouquets de fleurs, etc. Banalisation de ce qui devrait rester exceptionnel.

Parler d'antisémitisme pour justifier la mort de ce jeune homme, c'était évidem-
ment organiser un défilé de rue, pour dénoncer publiquement l'antisémitisme.
Mais c'était fatalement s'exposer à ce que tous les partis politiques extrémistes
ouvertement racistes, clairement malfaisants, s'y invitent puisque leur amoralité
leur permet de faire feu de tout bois, et puisqu'ils ont absolument besoin d'une
certaine virginité pour redorer leurs blasons et essayer de nous faire croire que
nous ramons tous dans le même sens.

Dans le même ordre d'idée, il était également évident qu'ouvrir un boulevard
royal à l'Extrême Droite, comme l'a fait la Gauche en son temps, sous couvert
de démocratie, mais en réalité par pure tactique politicienne (subtil effet repous-
soir), ne pouvait aboutir qu'à une telle perversion, sans parler du fiasco des
élections présidentielles de 2002. Et, probablement, celui des élections 2007.

D'où j'en déduis qu'utiliser un mauvais moyen pour tenter de servir une bonne
cause, c'est toujours courir à l'échec. Le Mal sait se déguiser, c'est une de ses
grandes forces, mais il reste toujours le Mal. On ne sert pas la soupe au diable,
même en utilisant une louche à long manche.

Le Mal est protéiforme, partant, il recouvre de son manteau ténébreux tous les
débordements humains. Il n'a pas de morale, pas de lois, pas de frontières,
pas de logique, pas de justification. Bien sûr, le Mal passe presque inaperçu
en temps de paix. Mais il suffit que nos vies bien communes soient un tant
soit peu menacées pour que le lait de la tendresse humaine se tarisse aussitôt.

Regardez donc, avec ce premier chat errant, mort de la grippe aviaire en
Allemagne, à quel point la S.P.A. est débordée tout à coup par des centaines
d'abandons de chats. Je suppose qu'il faut encore se réjouir que leurs maîtres
prennent la peine d'aller jusqu'à la S.P.A. par rapport aux autres, à ceux qui
tuent malproprement leurs chats et ceux des autres par prévention. Ce ne
sont que des bêtes, n'est-ce pas... Rien qui vaille la peine de s'apitoyer.

Naturellement, il paraît choquant de vouloir tirer le moindre parallèle entre un
crime atroce et une méthode sauvage de prophylaxie. D'ailleurs je n'en tire
aucun, c'est plutôt une succession d'idées, parce que j'ai remarqué bien des
fois que pour prendre la température d'une société, il suffisait de voir comment
elle traite ou maltraite ses animaux, ces bestioles innocentes mises à notre
disposition pour être éternellement les premiers exutoires au Mal.
Vous ne me croyez pas ? Lisez ou relisez " Matin brun " de Franck Pavloff, et
ne pensez pas que ce soit entièrement une fiction.
http://homepage.mac.com/mazzaroth/iblog/MatinBrun.pdf

© Catherine Bastère-Rainotti - tous droits réservés, reproduction interdite.
Chronique de la Vie Ordinaire - première publication mercredi 8 mars 2006
   
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