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CHRONIQUE DE LA VIE ORDINAIRE

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CHRONIQUE DE LA VIE ORDINAIRE

      Lire & RéCréer, Panpan cucul, chronique de la vie ordinaire 7 février 2007
Vivons en épicuriens et non plus en pourceaux d'Epicure, toute une éducation à
refaire.

J'ai reçu d'une amie le énième Power Point " Sauvons la planète ", comme un
point d'orgue à une série déjà copieuse de messages m'enjoignant d'éteindre
les lumières pendant cinq minutes, de 19 heures 55 à 20 heures, pour être
précise, le premier février 2007. Tout ceci afin de m'inciter à manifester mon
inquiétude, sinon mon mécontentement, au sujet du réchauffement climatique
et mon bon vouloir à changer cet état de chose. Même la Tour Eiffel s'éteindrait !

D'une, je déteste le prosélytisme. De deux, j'ai trouvé le procédé idiot. Je ne
méprise certainement pas les initiatives individuelles, mais je n'osais même pas
penser, si ce plan " Eteignez vos lumières " était largement suivi, à l'appel terrible
d'énergie dans les centrales électriques, quand les perfectionnistes rallumeraient
tous ensemble, comme un seul homme, leurs loupiotes, leurs fours, leurs télés,
leurs ordinateurs et que sais-je encore, après ces cinq minutes de coupure
bonne consciencieuse. Cette brusque surproduction d'énergie ferait plus pour
la pollution de la terre que d'avoir laissé ses lumières allumées.
Je me disais qu'il vaudrait mieux arrêter les circulaires " Viendez ma bande ",
pleines de bonne volonté, mais pas très futées, par ailleurs grandes pollueuses
de la bande passante Internet et dévoreuses d'énergie.

Certes, il faut radicalement changer notre fusil d'épaule, changer d'abord nos
habitudes à titre personnel. L'union fait la force. Trier les ordures, marcher, aller
à vélo, pratiquer le covoiturage, baisser la chaudière, refuser les emballages
surnuméraires, économiser l'eau, ne pas empoisonner les jardins, beaucoup
de gens le font déjà, j'en suis. Mais au-delà de nos précieux gestes quotidiens,
il faut aussi une réelle volonté politique qui veuille bien investir l'argent qu'il faudra
dans la recherche pour trouver des énergies de remplacement fiables et durables.

Or, j'entends que le sujet de la préservation de la planète et la fin des ressources
énergétiques est un sujet NEUF pour les politiques européens. C'est là que le bât
me blesse. Comment ! N'est-il pas un sujet prioritaire depuis le premier, sinon
le second choc pétrolier en 1976 ?

Comme pour le tabac (ressortez les crachoirs, on va chiquer !), j'assiste à un
nouvel opéra granguignolesque pour un public étendu, donné par les joueurs de
honte-à-toi et les ténors du trouillomètre-à-zéro. On nous dit que nous sommes
des irresponsables et qu'en guise de punition collective les taxes et autres
impôts indirects sur l'énergie grimperont en flèche, razziant sans pitié, une fois
de plus, ceux qui ne pourront plus payer leurs factures de carburant, de gaz,
d'électricité. C'est la loi du marché, à denrée rare, prix de vente exorbitant.
Et puis il faut remplir les caisses, puisqu'on vous dit que le problème est NEUF
et que c'est pour votre bien qu'on vous ruine, bande d'ignares !

J'en déduis qu'à part nos fameux précieux gestes quotidiens, rien n'est prêt à
l'échelle industrielle pour continuer à produire, transporter les marchandises,
sans nuire à la planète.
Concernant la population, à part réduire à la portion congrue les libertés individu-
elles grâce à la généralisation du syndrome de Stockholm (comportement
paradoxal consistant à développer un sentiment de confiance, voire de sympathie
des otages vis-à-vis de leurs ravisseurs), il n'est pas question, pour longtemps
encore, de moyens inoffensifs et pécuniairement abordables pour se rendre au
travail quand on habite en rase campagne et que la plupart des petites gares ont
été fermées.
Ni pour se chauffer, faire cuire à manger, etc., toutes choses incontournables qui
font partie des besoins primaires de tout le monde, y compris des plus simples
d'entre nous pour lesquels, hormis les ampoules basse consommation et les
travaux d'isolation (s'il ne sont pas locataires), le prix des panneaux solaires et
des pompes à chaleur reste prohibitif. Faut-il comprendre que sous peu, en hiver,
les familles les plus pauvres devront s'entasser dans la seule pièce chauffée de
leur maison, bien contentes de pouvoir soulager leur porte-monnaie et la grande
culpabilité qu'elles seront bien obligées, à force forcée, de ressentir ? Ou est-ce
à dire qu'à terme la plupart des ménages seront passés à l'insert de cheminée
ou au poêle à bois sur lequel ils cuisineront aussi ? Belle avancée technologique
et écologique !

Je pense peu de bien du véritable pouvoir politique européen, mais surtout beau-
coup de mal de la cohérence et de la sincérité de ses rodomontades vertes lors-
que, en grands démagogues, présidents et ministres encouragent la surconsom-
mation tous azimuts au nom de la ressassée Sainte Croissance. Au nom de la
Divine Economie triomphante je vois (accompagnant les avions présidentiels),
se précipiter en Chine les grands constructeurs automobiles, qui comptent
fermement vendre à deux milliards de Chinois leurs bonnes vieilles bagnoles à
essence, les neuves et celles du marché de l'occasion qu'on ne peut plus caser
ici. N'est-ce pas risible, ce transfert d'erreur occidentale sur des aspirants au ca-
pitalisme oriental ? Imaginez, maintenant, le réchauffement de la planète lorsque
chaque foyer chinois possèdera une à deux voitures...
Heureusement nous, en Europe, toujours plus forts et plus malins, nous compen-
serons cette gabegie avec le cobrouettage, le vélo-taxi, la diligence, le planeur
ou la montgolfière, les veillées devant l'âtre et la chandelle de suif.

Peut-être, alors, lèvera-t-on le tabou mis sur l'énergie nucléaire. A moins que nous
ne soyons encore contraints d'imiter les vertueux écolos allemands, puristes en
diable, qui refusent toute installation de centrales nucléaires sur leur territoire
mais ferment hypocritement les yeux sur le fait que la majorité de leur électricité
est achetée à des pays où elle est produite à partir de ces mêmes centrales.

Faut-il trouver dans ces visions à très court terme, dans cette perpétuelle fuite en
avant, la raison pour laquelle nous n'avons pas déjà jeté toutes nos forces et un
budget conséquent dans la recherche fondamentale, pour trouver des énergies
durables et non polluantes ? Sans aucun doute. Je constate purement et
simplement que les politiques ne peuvent plus grand-chose devant l'économie
pétrolière, notre dépendance au pétrole, le travail qu'il donne à des milliers de
personnes, le nombre incroyable d'objets usuels dérivés du pétrole, et le maillage
économique inextricable que cela représente. Depuis 1976, nous avons aveu-
glément perdu trente ans pendant lesquels les lobbies pétroliers se sont conso-
lidés. Leur actuel bénéfice net après impôts donnerait le vertige à n'importe quel
gus qui coche sa grille Euromillion toutes les semaines sur le zinc. Il n'y a, de fait,
que l'épuisement total des nappes pétrolifères qui puisse opérer un miracle… ou
un désastre plus grand.

J'entendais très récemment monsieur Comte-Sponville dire qu'en démocratie on
a les politiques qu'on mérite, que s'ils ne plaisent pas, il suffit d'en changer. J'en
suis beaucoup moins sûre que lui. D'abord parce que la diversité des points de
vue, en politique, se résume aujourd'hui, en France, à deux partis : la gauche et
la droite, sans exclure leurs extrêmes. Ensuite que nous avons déjà vus à l'œuvre
ces deux partis, séparément et ensemble, sans grande innovation majeure autre
que le RMI et la CMU que je qualifierais de pansements salutaires aux ulcères
sociaux qui travaillent de plus en plus le pays. Enfin qu'il faut se guérir de vouloir
voter pour un parti et être conscient de voter d'abord pour un être humain, lequel
n'est pas forcément guidé par un idéal politique, ni - une fois le pouvoir conquis -
infaillible dans ses choix, ses devoirs, ses droits, ses conseillers, ses ministres.
Changer de gouvernement comme on change de chemise tient de la république
bananière. Descendre dans la rue en masse et y rester en grondant tient de la
révolution. Entre les deux il existe les élections au suffrage universel suivant ce
qu'on a coutume d'appeler la démocratie, si tant est qu'elle ne soit pas confisquée
par des candidats au pouvoir suprême qui sortent infailliblement du même moule
énarque, et que ce ne soit plus Bercy qui gouverne seul ou presque, à terme.

Voyez-vous, je ne sache pas que les humains aient envie de voir disparaître leur
environnement ou de vivre en enfer. Ce n'est pas qu'une simple préoccupation
égotiste, cela relève également d'un vrai amour pour la Terre qu'ils habitent, mais
aussi d'un commencement, d'un frémissement, d'un début de lueur que nous
pourrions bien être tous interdépendants. Notre bonheur ne saurait exister sur
le malheur des autres. Je comprends bien que pour cause de réveil tardif, le
présent est douloureux. Agir dans l'urgence c'est laminer dans le vif. Pourtant,
je n'ai pas éteint mes lumières ce premier février 2007. Je ne l'ai pas fait pour les
raisons techniques que j'ai dites plus haut, mais aussi parce que je me garderai
bien de signifier de quelque manière que ce soit que je suis prête à saisir le bâton
qu'on me tend pour me faire battre monnaie, d'autant que je ne suis pas convain-
cue d'avoir mérité cette fessée financière qui profitera à qui, au juste ? Aux ac-
tionnaires de GDF-Suez, par exemple ?

© Catherine Bastère-Rainotti - tous droits réservés, reproduction interdite.
Chronique de la Vie Ordinaire - première publication mercredi 7 février 2007
   
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