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Je suis allée à Paris d'un coup de train l'autre jour ce qui ne m'était pas arrivé depuis deux
ans. Pris mon billet aller-retour au guichet de la gare un quart d'heure avant le départ du train.
"Un aller-retour Austerlitz, tarif plein, siouplaît."
"Pour une personne ?"
"Oui."
"Tarif normal ?"
"Oui."
...Vif le préposé, hein ?

J'avions pas roulé cinquante kilomètres que voilà le contrôleur : "Billets, m'sieurs-dames !"
Bon... Je lui tends le mien.

Lui : "Votre carte, svp ?"
Moi : "Carte ? Quelle carte ?"

Je pensais :
"Va pas m'emm... cette andouille à me demander ma carte d'identité, quand même !"

Lui : "Votre carte de famille nombreuse."
Moi : "Ma carte de fam... Mais j'en ai pas, pourkouâ faire ?"
Lui : "Bin, pour justifier les 30 % de réduction de votre billet."

Bref, l'autre endormi à la gare s'était trompé en émettant le billet, et moi, je n'avais pas
percuté que je ne payais pas assez cher... passage à l'euro oblige.
Conséquemment j'ai allongé les 5,30 € qui manquaient pour faire le complément du prix,
d'accord, mais en plus, j'ai payé 10 € d'amende. Arrivée à Austerlitz je me suis empressée
de faire rectifier le billet retour qui était établi, lui aussi, pour famille nombreuse !

Quand j'ai râlé et que j'ai demandé à me faire rembourser cette amende on m'a répondu que
non, que je n'avais qu'à vérifier mon billet et que, somme toute, qui prouvait que ce n'était pas
moi qui avais bluffé vu qu'au guichet on ne demande pas les cartes de famille nombreuse, on
fait confiance, pas ?

Voilà, c'est une toute petite chose qui m'est arrivé l'autre jour. Je l'ai trouvée injuste.
Pas que je pleure sur ces 10 € (encore que ça fasse douze baguettes de pain), non, le pire
c'est la grosse honte que j'ai eue dans le wagon quand toutes les têtes des passagers se sont
tournées vers moi. Quand j'ai compris qu'il ne servait à rien que je discute avec le contrôleur,
qu'il fallait que je paye et qu'il parte, vite, vite, pour que la resquilleuse que j'étais supposée
être arrête de distraire les gens qui s'ennuyaient ferme dans ce train.
Je suis bien persuadée que la SNCF ne pourra jamais me rembourser cela.

Mais, voyez comme les choses sont étranges, une fois que j'ai vu les talons du contrôleur et
que j'ai retrouvé mon cher anonymat, j'ai élargi le débat.

Je me suis mise à penser à la calomnie, à la rumeur, au scandale, à ces gens accusés
publiquement, à tort, de choses très graves, par d'autres qui possèdent uniforme, haute
fonction, gueuloir bien fendu, et qui pensent servir leurs propres intérêts, ou ceux de leur
cause en agissant de la sorte.

Au travers de cette minuscule chose vécue dans le train j'ai mieux senti toute l'inanité, toute
l'horreur d'une fausse accusation surtout quand elle est répercutée par la voix de stentor des
médias si tendres à la charogne. C'est ainsi que n'importe quel mensonge peut ressembler à
la vérité si il est répété assez longtemps et assez fort.

J'ai pensé aussi qu'il fallait un sacré courage pour se sortir d'un pareil bourbier... Si il est
toutefois possible de s'en sortir jamais. Mentez ! Mentez ! Il en restera toujours quelque chose.

Catherine Bastère-Rainotti © 21 mai 2003 - Chronique de la Vie Ordinaire (tdr)
 

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