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        Lire et RéCréer : les Contes - Chronique de la vie Ordinaire - septembre 2002

Mosaïque du Monde m'avait demandé un article "à propos des contes"... ! Au moment de
l'écrire, je suis restée longtemps les doigts au-dessus du clavier, à sécher.
Dans le fond, nous consommons des contes, j'oserais même dire qu'ils nous nourrissent dans
la petite enfance, mais je n'avais jamais sérieusement réfléchi "à propos des contes". Je vous
livre, ci-dessous, le fruit de mes cogitations.

A PROPOS DES CONTES… OU :

De la persistance avec laquelle au cours des siècles les êtres humains ont, tous âges
confondus, été fascinés par les contes, et de la légitimité d'essayer de comprendre d'une
part à quoi ils servent, et d'autre part comment ils fonctionnent.

1. On peut reconnaître aux contes plusieurs fonctions. Ils servent en particulier :
- A exorciser les peurs antiques logées dans notre cerveau primaire : peur d'être mangé (les
ogres), peur d'être abandonné, peur de mourir de faim, peur de ne pas être aimé.

- A initier l'enfant à son futur rôle d'adulte autonome. Pour les filles, le passage à l'âge nubile.
La puberté, la sexualité et l'abandon de sa vie d'enfant étant symbolisés par le saignement
d'une partie quelconque du corps (la sœur des sept Frères Corbeaux) ou par l'affrontement à
une force brutale (le loup du Petit Chaperon Rouge, la Barbe-Bleue).
Pour les garçons, l'émergence de leur rôle de géniteurs responsables de ses descendants,
de ses anciens ou de ses collatéraux (le Petit Poucet). Pour les deux sexes : la nécessité de
ne pas désobéir à l'ordre établi des instances supérieures, qu'elles soient divines ou parentales
(ce qui revient souvent au même) sous peine d'en assumer les conséquences.

- A révéler les mystères : celui de l'ancien Paradis perdu où les bêtes parlaient et étaient les
alter ego des humains (le Chat Botté), la naissance du monde, la magie blanche (les Fées,
Cendrillon), la magie noire (la Belle au Bois Dormant, Baba-Yaga). La mort, qu'elle soit
considérée comme une délivrance (la Petite Fille aux Allumettes) ou comme une punition (la
plupart des contes). Et enfin, toute la malignité ou la serviabilité dont sont capables les plus
humbles objets dont nous nous servons quotidiennement en passant par la magie animiste
qui baigne la nature toute entière.

Si je n'ai cité, à titre d'exemples, que des contes européens c'est parce qu'ils font partie
intégrante de ma propre culture, que je les connais bien. Cependant, tous les contes, de
tous les continents, que j'ai pu lire par ailleurs parlent de la même chose. Ils ont les mêmes
ressorts émotionnels. C'est pourquoi je suis convaincue que le conte est un élément
fédérateur par excellence.

D'abord parce que le conte est d'essence orale, qu'il a été crée pour être dit à la veillée, pour
véhiculer la sagesse ancestrale des peuples confrontés à la nuit, aux animaux, à toute la
sauvagerie d'une Terre en devenir et non pas pour être lu en égoïste.
Les premiers bibliothécaires du monde étaient des conteurs dont le moindre des talents
était de savoir réunir autour d'un feu pétillant les gens de leur fratrie, de leur tribu, de leur
village pour leur parler, partager avec eux, asseoir et leur transmettre leur savoir et non pas
pour se taire, se diviser, se diluer comme nous le faisons à présent devant la lumière froide
d'un écran de télévision.
Ensuite parce qu'il ne saurait être question, ici, d'une quelconque notion de " races " mais,
a contrario, de prouver que nous sommes bâtis sur le même modèle, que nous habitions le
fin-fond de la forêt amazonienne ou le dernier étage d'un gratte-ciel. Nous sommes des
humains, les descendants des hommes des cavernes, les premiers " raconteurs " de notre
Histoire. Nous partageons leur patrimoine dont notre cerveau reptilien a si bien su garder la
trace.

2. La construction d'un conte.
Mis à part les contes orientaux dont la réputation n'est plus à faire mais dont la longueur défie
l'imagination, les meilleurs contes, ceux qui restent dans les mémoires, sont courts.
La plupart du temps, ils tiennent en deux ou trois pages au maximum. Ils sont percutants
parce que l'auteur a su concentrer sa pensée, maîtriser son écriture, aller à l'essentiel.
S'il fallait décortiquer un conte, je dirais que la recette est la suivante :
- Définition du thème du conte
- Choix d'un héros et d'un personnage " repoussoir " (il y a ainsi deux camps en présence
celui du bon et celui du méchant, chacun ayant ses alliés dont l'action est par la suite décisive.
Ce peuvent être des êtres réels ou imaginaires, des objets, des animaux)
- Présentation de la situation initiale,
- Développement des péripéties + 1 temps fort
- Conclusion ou situation finale (autrement appelée Morale de l'histoire)

Le but du jeu est de donner la vie à des héros virtuels en définissant les actes qui découlent
de leur idéologie, de leur structure mentale sans passer par la case longue description. Il
s'agit donc de travailler avec le Verbe. Et que la lumière soit !

Je ne saurais assez mettre l'accent sur le rôle du narrateur. Il doit absolument être extérieur
au récit. Il est capital pour la cohérence du conte, son emphase, l'ampleur du message
véhiculé que la neutralité du conteur ne soit jamais mise en cause. Il doit transmettre de
façon objective des faits avérés (ou supposés tels) et non pas la façon dont il aurait pu vivre
ces faits.
Le narrateur est un simple vecteur dont les émotions ou l'implication personnelle ne doivent
pas polluer la trame du conte.

N'ayez pas peur de faire une "redite". C'est impossible. Le conte a ceci de magique que celui
qui le raconte le ré-invente. Tous les contes sont différents. Bien qu'ils soient écrits avec plus
ou moins de bonheur, ils parlent tous du chemin initiatique qui nous mène de l'inconscient
chaotique au conscient réfléchi.

Catherine Bastère-Rainotti © septembre 2002 - tous droits réservés
 

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