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Chroniques de la Vie Ordinaire

 

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Je suis désolée pour ceux qui penseront "oh ! flûte ! elle donne encore dans le sérieux, le pas rigolo,
la prise de tête et puis quelle tartine !" Tant pis. La situation en France est loin d'être drôle. J'habite en
France, le moins que je puisse faire est de m'intéresser à ce qui s'y passe.
Comme c'est aujourd'hui le 18 juin 2003, et qu'en ce jour nous commémorons un appel, j'ai cru bon de
vous donner quelque chose à lire qui vous permettra de comprendre quelques bricoles sur la façon dont
les recettes se concoctent pour "mener" le monde... à sa perte, à mon avis.
Alors bonne lecture édifiante et viva la Libertad !
Catherine Bastère-Rainotti

document : CENTRE DE DÉVELOPPEMENT DE L'OCDE

CAHIER DE POLITIQUE ÉCONOMIQUE N° 13

La Faisabilité politique de l'ajustement - par Christian "Nicola" Morrisson
Disponible sur
http://www.oecd.org/dev/publication/cahiers/cahier13.pdf

Extraits

p.17 :
Les facteurs politiques de succès

Un gouvernement peut difficilement stabiliser contre la volonté de l'opinion publique dans son ensemble.
Il doit se ménager le soutien d'une partie de l'opinion, au besoin en pénalisant davantage certains
groupes.

En ce sens, un programme qui toucherait de façon égale tous les groupes (c'est-à-dire qui serait neutre
du point de vue social) serait plus difficile à appliquer qu'un programme discriminatoire,
faisant supporter
l'ajustement à certains groupes et épargnant les autres pour qu'ils soutiennent le gouvernement.


p.23-26 :
Les dangers du corporatisme

[...] L'histoire récente de pays développés comme la France et l'Italie montre d'ailleurs que les PED n'ont
pas le monopole des corporatismes. Ce problème se pose surtout dans les entreprises parapubliques,
auxquelles, souvent, le gouvernement veut supprimer les subventions afin de réduire le déficit budgétaire.
[...]
Ainsi,
toute politique qui affaiblirait ces corporatismes serait souhaitable : d'un point de vue économique,
cela éliminerait des entraves à la croissance et, politiquement, le gouvernement gagnerait une liberté
d'action qui peut lui être précieuse en période d'ajustement. On objectera que cette politique soulèvera
des résistances, mais il vaut mieux que le gouvernement livre ce combat dans une conjoncture
économique satisfaisante, qu'en cas de crise, lorsqu'il est affaibli.

Cette politique peut prendre diverses formes : garantie d'un service minimum, formation d'un personnel
qualifié complémentaire, privatisation ou division en plusieurs entreprises concurrentes, lorsque cela est
possible.
[...]
Si un gouvernement arrive au pouvoir au moment où les déséquilibres macro-économiques se dévelop-
pent, il bénéficie d'une courte période d'ouverture (quatre à six mois), pendant laquelle l'opinion publique
le soutient et il peut rejeter sur ses prédécesseurs l'impopularité de l'ajustement.

Grâce à ce soutien, les corporatismes sont temporairement affaiblis et il peut dresser l'opinion contre
ses adversaires. Après ce délai de grâce, c'est fini : le nouveau gouvernement doit assumer en totalité
les coûts politiques de l'ajustement, car il est considéré comme le seul responsable de la situation.
Il a donc intérêt à appliquer sur-le-champ un programme de stabilisation, tout en reportant la responsa-
bilité des difficultés sur ses adversaires. Cela suppose une bonne stratégie de communication, cette
stratégie étant une arme importante dans le combat politique.

Il faut dès l'arrivée au pouvoir insister, voire en exagérant, sur la gravité des déséquilibres, souligner les
responsabilités des prédécesseurs et le rôle des facteurs exogènes défavorables, au lieu de tenir un
discours optimiste et de reporter l'heure de vérité. En revanche, dès que le programme de stabilisation a
été appliqué, le gouvernement peut tenir un discours plus optimiste pour rétablir la confiance (un facteur
positif pour la reprise), tout en s'imputant le mérite des premiers bénéfices de l'ajustement.
Il est souhaitable, par ailleurs, que le gouvernement suscite rapidement une coalition d'intérêts qui fasse
contrepoids à l'opposition. C'est le complément indispensable à sa stratégie de communication et le seul
moyen de s'assurer un soutien durable.
L'ajustement apporte des gains aux agriculteurs, aux chefs d'entreprise et aux travailleurs des industries
exportatrices. Un volet social bien défini peut bénéficier à certains ménages pauvres en ville.
Par ailleurs,
si l'on réduit les salaires des fonctionnaires, des secteurs stratégiques (l'armée ou la police, par exemple)
peuvent être exemptés.


Le gouvernement doit s'efforcer de coaliser ces divers groupes en faveur de l'ajustement. Il est inévitable
que l'opposition tire parti de la situation pour développer un vaste mouvement des mécontents, et l'on ne
peut appliquer un programme de stabilisation sans léser les intérêts de salariés du secteur public et
parapublic, de consommateurs urbains, de salariés et de chefs d'entreprise du secteur moderne. Mais il
faut éviter que ce mouvement s'étende à toute la population urbaine, en se ménageant par des actions
discriminatoires le soutien de divers groupes, afin de constituer une coalition opposée. Il est souhaitable,
par exemple, de limiter les réductions de salaire aux fonctionnaires civils et d'accorder une aide bien
adaptée à des familles pauvres. Cette stratégie permet de gagner des soutiens, sans en perdre, puisque
beaucoup de fonctionnaires civils auraient été de toute façon hostiles à l'ajustement.
En effet, dans beaucoup de pays, l'opposition peut mobiliser facilement contre des mesures de rigueur
une masse de population pauvre, voire misérable, qui est en permanence, y compris en conjoncture
économique normale, prête à manifester. Il s'agit des habitants des bidonvilles ou des quartiers pauvres,
le plus souvent occupés dans le secteur informel ou au chômage. Parfois, ils ne bénéficient même pas
des services publics de base (enseignement primaire, services de santé, voirie, assainissement ou eau).

Beaucoup de ces gens ressentent un sentiment de frustration et d'exclusion par rapport au reste de la
population urbaine. Dès lors, le saccage et le pillage des magasins dans les quartiers aisés leur permet
d'exprimer ce sentiment. Si une mesure de stabilisation " la coupure des subventions ", par exemple
entraîne une hausse soudaine des prix des denrées courantes, ces populations vont réagir en manifes-
tant avec violence leur désespoir. En effet, cette mesure réduit brutalement leur niveau de vie déjà très
bas et arrivés à ce point, les pauvres n'ont plus rien à perdre. A cela il faut ajouter l'habileté avec laquelle
des partis ou des syndicats d'opposition peuvent attiser le ressentiment des populations déshéritées.
[...]
En principe, le risque de grève est moins dangereux. Il concerne uniquement les salariés du secteur
moderne, qui ne font pas partie des classes les plus pauvres. Les grèves ne remettent pas en question
le régime, comme c'est le cas lorsque les manifestations tournent à l'émeute et débordent les forces de
l'ordre.
C'est ce qui explique d'ailleurs l'absence de relation statistique entre grève et répression. Le
gouvernement peut toujours y mettre fin en faisant des concessions. Toutefois, les grèves comportent
un inconvénient sérieux, celui de favoriser les manifestations. Par définition les grévistes ont le temps de
manifester. Surtout, les enseignants du secondaire et du supérieur, en faisant grève, libèrent une masse
incontrôlable de lycéens et d'étudiants pour les manifestations, un phénomène très dangereux, car dans
ce cas la répression peut conduire facilement au drame.

p. 28-29 :

[...] Enfin, pour éviter les troubles, il est souhaitable que le gouvernement fasse un effort exceptionnel
d'information en expliquant la raison des hausses, en publiant des listes de prix recommandés, en
effectuant de nombreux contrôles de prix, suivis éventuellement de poursuites contre les commerçants
qui ont augmenté leurs prix plus que les autres.
Ces interventions peuvent paraître plus spectaculaires
qu'efficaces mais, en l'occurrence, seule importe l'image que donne le gouvernement et non la portée
réelle de ses interventions.
Il ne faut pas juger seulement celles-ci en termes techniques alors qu'elles
s'inscrivent dans un combat politique. Le gouvernement peut aussi financer des mesures compensatrices
qui ont un réel impact, par exemple des repas gratuits dans les écoles primaires des quartiers populaires.

Une autre mesure politiquement risquée serait de réduire le nombre (ou le montant) des bourses aux
lycéens et aux étudiants. Même si cette mesure n'a pas d'effet social négatif, puisque le gouvernement
maintient toutes les aides aux enfants de familles pauvres, des risques importants sont pris, car ce
groupe est politiquement très sensible, facile à mobiliser, soutenu par les médias et, par principe, proche
de l'opposition. Il est donc préférable d'agir prudemment, par exemple en bloquant le montant nominal des
bourses malgré l'inflation, ou en ajoutant certaines contraintes administratives. Mais cet exemple prouve
que la première précaution à prendre est d'éviter une politique laxiste en période de prospérité, car celle-
ci crée des droits qu'il est difficile ensuite de remettre en question.

La réduction des salaires et de l'emploi dans l'administration et dans les entreprises parapubliques figure,
habituellement, parmi les principales mesures des programmes de stabilisation. En principe, elle est
moins dangereuse politiquement que la hausse des prix à la consommation : elle suscite des grèves
plutôt que des manifestations et elle touche les classes moyennes plutôt que les pauvres (il y a peu de
fonctionnaires parmi les 40 pour cent les plus pauvres). Mais ce n'est pas parce que cette mesure peut
se justifier du point de vue de l'équité qu'elle ne comporte pas de risque politique. En effet, il s'agit de secteurs où la proportion de salariés syndiqués est la plus élevée, où les salariés ne prennent pas de risque en faisant grève comme dans le secteur privé et, enfin, où la grève peut être une arme très
efficace : l'économie est paralysée par une grève des transports ou de la production d'électricité ; et
l'État est privé de recettes si les agents du fisc cessent de travailler.

La grève des enseignants n'est pas, en tant que telle, une gêne pour le gouvernement mais elle est
indirectement dangereuse, comme on l'a noté, puisqu'elle libère la jeunesse pour manifester. Ces
grèves peuvent donc devenir des épreuves de force difficiles à gérer.
Certes, le gouvernement peut toujours rétablir le calme en annulant les mesures qui ont déclenché la
grève mais, ce faisant, il renonce à réduire le déficit budgétaire. Le gouvernement a toutefois les moyens
de faire appel au pragmatisme des fonctionnaires.
Il peut, par exemple, expliquer que, le FMI imposant une baisse de 20 pour cent de la masse salariale,
le seul choix possible est de licencier ou de réduire les salaires et qu'il préfère la seconde solution dans
l'intérêt de tous. Les expériences de plusieurs gouvernements africains montrent que ce discours peut
être entendu.

[...]
Évidemment, il est déconseillé de supprimer les primes versées aux forces de l'ordre dans une
conjoncture politique difficile où l'on peut en avoir besoin.
Comme on le voit, pourvu qu'il fasse des
concessions stratégiques, un gouvernement peut, en procédant de manière graduelle et par mesures
sectorielles (et non globales), réduire les charges salariales de manière considérable.
L'essentiel est
d'éviter un mouvement de grève générale dans le secteur public qui remettrait en question un objectif
essentiel du programme de stabilisation : la réduction du déficit budgétaire.


pp. 30-32
Les mesures de stabilisation peu dangereuses

Après cette description des mesures risquées, on peut, à l'inverse, recommander de nombreuses
mesures qui ne créent aucune difficulté politique.
Pour réduire le déficit budgétaire, une réduction très
importante des investissements publics ou une diminution des dépenses de fonctionnement ne
comportent pas de risque politique. Si l'on diminue les dépenses de fonctionnement, il faut veiller à ne
pas diminuer la quantité de service, quitte à ce que la qualité baisse.

On peut réduire, par exemple, les crédits de fonctionnement aux écoles ou aux universités, mais il serait
dangereux de restreindre le nombre d'élèves ou d'étudiants. Les familles réagiront violemment à un refus
d'inscription de leurs enfants, mais non à une baisse graduelle de la qualité de l'enseignement et l'école
peut progressivement et ponctuellement obtenir une contribution des familles, ou supprimer telle activité.
Cela se fait au coup par coup, dans une école mais non dans l'établissement voisin, de telle sorte que
l'on évite un mécontentement général de la population.


L'intérêt politique de ces mesures ne signifie pas qu'elles sont les plus rationnelles ou les plus justes.
La chute des investissements publics aura à terme un impact négatif sur la croissance. De plus, si cette
mesure touche des régions rurales pauvres, elle freine la réduction des inégalités de revenus. Du point
de vue de l'efficacité, le maintien de la qualité de l'enseignement supérieur peut être préférable à la
croissance rapide des effectifs d'étudiants mal formés. Mais le classement des mesures de stabilisation
en fonction du risque politique ne relève, ni de l'efficacité, ni de la justice ; il résulte de rapports de force
entre les groupes d'intérêt touchés par l'ajustement et un gouvernement en position de faiblesse.

[...] L'autre mesure de stabilisation qui peut être recommandée est une politique monétaire restrictive.
Comme celle-ci frappe de manière uniforme tous les revenus et qu'elle a des effets négatifs à la fois
différés et indirects (les salariés licenciés par une entreprise en faillite ne manifestent pas contre la
Banque centrale), elle comporte peu de risque politique.

[...]
Rien n'est plus dangereux politiquement que de prendre des mesures globales pour résoudre un
problème macro-économique. Par exemple, si l'on réduit les salaires des fonctionnaires, il faut les bais-
ser dans tel secteur, les bloquer en valeur nominale dans un autre, et même les augmenter dans un
secteur clé politiquement.


Si l'on diminue les subventions, il faut couper celles pour tels produits, mais maintenir en totalité celles
pour d'autres produits. Le souci du détail ne connaît pas de limite : si les ménages pauvres consomment
seulement du sucre en poudre, on peut augmenter le prix du sucre en morceaux pourvu que l'on garde la
subvention au sucre en poudre.

Ainsi, un programme de stabilisation qui, pour une réduction donnée du déficit extérieur, minimise les
risques politiques, est la résultante d'un nombre élevé de mesures choisies en fonction de leur coût
politique (ce coût étant estimé à l'aide d'enquêtes de sondages ou de rapports des autorités locales),
auxquelles il faut ajouter des campagnes dans les médias, voire des actions spectaculaires, pour obtenir
le soutien de la population et faire contrepoids à l'opposition qui cherche à exploiter, par tous les moyens,
les mécontentements inévitables que suscite le programme de stabilisation. Cette conclusion signifie
qu'un gouvernement peut échouer de deux manières : soit il confie à des techniciens compétents la mise
au point du programme et ceux-ci négligent les coûts politiques ; soit des responsables politiques
définissent seuls les mesures en fonction de ces coûts, sans que ce catalogue de mesures soit
suffisamment cohérent et efficace pour rétablir les équilibres macro-économiques.

pp. 33-35 :

Mais la réforme la plus souvent nécessaire, et la plus dangereuse, est celle des entreprises publiques,
qu'il s'agisse de les réorganiser ou de les privatiser. Cette réforme est très difficile parce que les salariés
de ce secteur sont souvent bien organisés et contrôlent des domaines stratégiques. Ils vont se battre
avec tous les moyens possibles pour défendre leurs avantages, sans que le gouvernement soit soutenu
par l'opinion parce que les bénéfices de la réforme n'apparaîtront qu'après plusieurs années et seront
diffus, tandis que les perdants seront touchés immédiatement.
Plus un pays a développé un large
secteur parapublic, plus cette réforme sera difficile à mettre en oeuvre, le cas limite étant celui des
économies socialistes où les dangers sont les plus grands.

[...] Par rapport aux pays développés, les gouvernements des pays en développement ont plus de
facilités pour intervenir. Par exemple, il leur est plus facile de faire dissoudre des piquets de grève ou
de remplacer les grévistes par d'autres salariés. Il leur est aussi plus facile de réduire le poids de ces
entreprises, par exemple en diminuant le financement des investissements ou en introduisant des
concurrents privés lorsque l'activité le permet.

[...] Le référendum peut être une arme efficace pour un gouvernement dès lors qu'il en a seul l'initiative.
En effet, les groupes d'intérêt qui s'opposent à des mesures d'ajustement défendent souvent des intérêts
particuliers et minoritaires sous le voile de l'intérêt général. Le recours au référendum pour faire approuver
une mesure précise permet au gouvernement d'expliquer sa politique et de disloquer une coalition
d'opposants.
 

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