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        Décembre, prions saint Plombier - Chronique de la vie Ordinaire

Ma vieille, me disais-je pas plus tard que ce matin parce que je me parle familièrement à
moi-même, ma vieille voilà le 16 décembre bien sonné et tu n'as toujours pas écrit de
chronique pour décembre. Qu'est-ce que tu fabriques ?

Je suis fatiguée et j'ai froid.
Mi-novembre plusieurs corps de métier sont venus à la maison pour des travaux urgents.
Entre autre, refaire les quelques sols qui s'effondraient par endroits. Il fallut vider plusieurs
pièces, entreposer ailleurs, dans des endroits incongrus des meubles qu'on ne bouge jamais.
Faire la cuisine sur un camping gaz dans un réduit obscur hâtivement ré-agencé.
Il fallut démonter des radiateurs et couper le chauffage.

Et durant trois semaines il y eut des va-et-vient incessants toutes portes ouvertes. Y compris
la porte de la rue ce qui a permis à certaines corneilles qui se demandaient comment c'était
fait chez nous de se rincer l'œil.
Dès sept et demie du matin des brouettes de ciment, de béton, de sable furent charriées
de la rue au jardin. Les vieux pavements éclatèrent sous les coups de pioche et de marteau-
piqueur. Les gravas, les outils envahirent le minuscule jardin.

La veille de la saint Nicolas, jour où tout et tous disparurent, le petit jardin ressemblait à
Verdun après guerre et de la poussière fine s'était répandue absolument partout en donnant
à chaque chose un aspect fantomatique.
Bon d'accord, les travaux c'est toujours enquiquinant pendant, et gratifiant après.
Après qu'on ait fait le ménage et remis les meubles en place. On ne fait pas d'omelette
sans casser des œufs, n'est-ce pas ?

Mais avant tout rallumons la chaudière. Pitié, du chauffage. Et tant qu'à faire avec quelque
chose de plus serein, de plus costaud que les petits radiateurs électriques avec lesquels
nous essayons vainement de nous réchauffer. Vive le chauffage central et les radiateurs en
fonte. D'autant que maintenant, dehors, il gèle.

Ah ! Bien oui ! Du chauffage ! Vous voulez rigoler, ma commère ? Bernique, le chauffage.
Les glouglous pathétiques des radiateurs qui se vidèrent après la remise en eau nous
indiquèrent qu'il y avait une fuite et que pas mal de litres de flotte fichaient le camp ailleurs
que là où on aurait voulu qu'ils restent. Mais ailleurs ne nous disait pas où.
Après trois remises en eau infructueuses et aucune résurgence humide dans les murs nous
en conclûmes que quelque part, dans le sol, sous une des chapes de ciment flambant neuves,
sous le pimpant carrelage, une soudure d'un antique tuyau avait crié grâce. Quelque part…
Mais où ?

Fallait-il envisager de demander aux maçons de casser ce qu'ils venaient de finir ou de se
débrouiller avec le plombier ? La deuxième option fut retenue. D'ailleurs le maçon soutenait
mordicus que ça ne pouvait pas venir de lui, le heu… l'incident.

Le plombier nous affirma qu'il l'avait pourtant bien dit aux maçons, bon sang, de faire attention
à ce foutu tuyau enterré dans la cuisine quand ils cassaient le sol. Il leur avait demandé de
l'appeler pour qu'il le change ce vieux truc. Mais bien sûr, hein ! Ils n'en font qu'à leur tête. Etc.

Et alors, vous commencez quand monsieur le plombier ? Comment pas tout de suite ?
Ah ! Vous avez d'autres chantiers… Oui je comprends. Mais bon, il gèle quoi, et vous
savez comment sont les vieilles maisons… Vous faites pour le mieux ? Bien.

Il est revenu une semaine après. L'a pas pu faire grand chose. Hou, là, là, c'est beaucoup
plus compliqué que prévu. Faut couper là, raccorder là. Ça va faire du tintouin. Pour l'instant
je peux juste faire marcher la moitié des radiateurs. C'est toujours mieux que rien, pas vrai ?

Si, c'est vrai.

Il a gelé jusqu'à aujourd'hui. Je voudrais qu'il fasse doux. Peut-être que le linge sècherait plus
vite, peut-être qu'un pull me suffirait au lieu de deux, peut-être serais-je de meilleure humeur.
Peut-être que le plombier viendrait, que sa pauvre secrétaire que j'engueule régulièrement
me dirait oui madame, il sera chez vous aujourd'hui. Peut-être que ce ne serait pas qu'une
apparition et qu'il viendrait pour rester jusqu'à ce qu'il ait fini le travail. Peut-être.

Après tout, Noël est dans neuf jours. Noël ! Epoque des miracles, de l'amour donné, reçu,
de la bienveillance, de la bonne volonté. Alors sur l'air de Maple leaf rag du cher Scott Joplin,
(pour ceux qui ont branché leurs haut-parleurs) prions saint Plombier, mes frères.

Catherine Bastère-Rainotti © 19 décembre 2003 - Chronique de la Vie Ordinaire
 

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