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        Lire et RéCréer : le tyran sauce à la diable Chronique de la vie Ordinaire décembre 2002

Danton, Robespierre, Napoléon, Staline, Hitler, Mussolini, Pétain, Franco, Salazar, Ceausescu.
Qui les a portés au pouvoir ?
Ni vous, ni moi, volontairement, rassurez-vous, mais indirectement, cette envie de "s'asseoir
à la table des grands", ce désir fondamental de " vivre en paix chez nous " que nous portons
tous en nous. Toutes choses avouables, certes, lesquelles cependant, peuvent nous porter
aux dernières lâchetés, peut-être même au reniement de soi.

La recette du tyran sauce à la diable est coûteuse mais assez simple
- Prendre un pays en pleine confusion (quels que soient les motifs de cette confusion).
- Choisir un type plus abîmé que les autres, parano de préférence, cultivé si possible
(autre alternative : proche du peuple, partageant soi-disant, son expérience " sur le tas "
travailleur/yeuse, syndicaliste, ancien militaire, enseignant, etc.), bon rhéteur, possédant de
l'entregent, évoluant depuis pas mal d'années dans les rouages politiques.
- Trouver un conseiller en communication aux dents longues.
- Créer un nouveau parti politique qui aura l'air tout neuf.

Mettre le type à la tête de ce nouveau petit parti dont le slogan avoué sera : "Autrement" ou
" Ensemble " ou " Pour " ou " Contre ". C'est vague, ça ne veut rien dire, mais justement, à
cause de cela, c'est porteur, on veut y croire.

Créer l'audience (publicité, médias, affiches, tout ce qui est accessible et visible par tous).
Usurper sans scrupule le droit de liberté à la parole, fustiger la censure.
Parler copieusement d'Humiliation (bien appuyer sur la chanterelle " pathos ")
Appeler à la vengeance inconditionnelle et sans merci
Asséner des phrases lapidaires qui dénoncent les vols, les viols, les carambouilles, les
dangers présents, les dangers futurs. Présupposer que chacun est une victime potentielle.

Les auditeurs seront contents. Ils diront "il a raison".
Ils oublieront très vite que dire ce qui ne va pas, c'est facile alors que proposer des solutions
qui tiennent debout pour changer radicalement ce qui va mal, en préservant la paix c'est une
autre paire de manches.
Se souvenir que, de toutes les façons, de telles solutions passent en général par une remise
en cause de tout le monde, une prise de conscience obligatoire de chacun sur ses propres
actes. Donc, ce n'est pas porteur. Toute vérité n'est pas bonne à dire.
Or, le tyran, lui, doit ratisser large dès le départ.
Envisager d'emblée le despotisme, jamais l'altruisme.

Brosser un tableau social bien désespérant. Ce sera un soulagement, pour ceux qui souffrent,
de penser que quelqu'un a conscience de leurs misères.
Rester instinctif.
Ne jamais oublier que la panique est aussi un bon argument électoral : depuis la nuit des
temps, le troupeau se rassemble derrière celui qui cogne le plus fort. " C'est moi le chef ! "
gueule la brute. " Oui. " répond le peuple admiratif. C'est çui qui dit qui y est.

Pour la sauce " à la diable "
Tracer les grandes lignes planifiées de la société idéale prévue :
Promettre à tous que demain ils mangeront la même chose que le roi sans se fouler.
Affirmer un Etat providence, bienveillant, protéiforme, capable de dispenser ses enfants de
réfléchir, disposé à les nourrir à la mamelle des plus purs Amour, Gloire et Beauté tout en les
berçant gentiment de leurs " droits " sans jamais leur parler de leurs " devoirs ".

Penser à jeter l'anathème sur l'Autre, l'Etranger. Il n'est pas fait comme nous, il ne mange pas
comme nous, son caca sent beaucoup plus mauvais que le nôtre, et surtout il est étranger.
En profiter pour souligner à quel point on sous-estime le problème des étrangers et répéter ce
que disait déjà
Luis Rego* il y a vingt ans : Ce n'est pas que dans notre pays qu'il y en a trop,
à peine les frontières franchies, il y en a partout !

Conjointement, préparer dans un grand saladier à part :
Muselière pour la presse, police omniprésente, justice expéditive, tribunaux d'exception,
exécutions sommaires, emprisonnements arbitraires, torture, armements divers, une grande
armée (obligatoire).

Au moment de servir :
Enfin élu, relancer à moindre frais un ou deux secteurs industriels qui permettront de donner
l'illusion de remettre le pays à flots. En devenir propriétaire.
N.B. Retenir que ce dont les humains ont le plus besoin après la satisfaction des besoins
primaires c'est de reconnaissance. Nous ne sommes rien si nous ne nous sentons pas aimés,
si on nous fait croire que nous ne sommes personne.
Donc, créer quelques emplois, et faire en sorte que les gens crèvent moins de faim (attention,
je n'ai pas dit : mangent à leur faim) c'est déjà restituer une partie de son honneur à un peuple.

Astuce pour voir fleurir plus vite la corruption et mourir plus tôt la liberté :
Affirmer qu'il faut absolument "retrouver des bases morales solides" !
Procéder comme suit :
Jeter le manteau d'une quelconque religion, d'une philosophie obsolète, sur ses propres abus
en ne prenant dans cette religion, dans cette philosophie, que ses aspects les plus durs.
Assassiner les quelques râleurs qui pourraient surgir aux motifs d'athéisme et/ou de terrorisme.
Remettre la gomme sur la haine des étrangers qui n'ont pas le même dieu que nous et qui ont,
cela va de soi, des mœurs dépravées. Sans compter que c'est eux qui ont pourri notre beau
pays.
Créer des listes noires, les tenir à jour avec rigueur.
Dans un premier temps, les gens seront encore contents. Ils diront "C'est bien. Il fallait passer
le balai, de mon temps…, etc."

Conditions sine qua non pour s'en mettre plein les poches et régner longtemps :
Décréter le vote obligatoire et être candidat unique.
Porter la délation anonyme et le népotisme jusqu'à un art de vivre.
Ne plus ouvrir d'écoles, rendre l'enseignement déliquescent.
Laisser les hôpitaux à l'abandon. Demander à l'OMS de s'en occuper et aller se faire soigner
à l'étranger.
Ne jamais redistribuer les profits.
Supprimer la classe moyenne de la société.
Sublimer le paupérisme.

Et voilà. Bon appétit !

Danton, Robespierre, Napoléon, Staline, Hitler, Mussolini, Pétain, Franco, Salazar, Ceausescu,
c'est vieux, tout ça. Heureusement qu'on est sûr qu'ils ne reviendront pas.
Nous, en Occident, on est paré, on a déjà donné dans le n'importe quoi, on ne recommencera
pas. Il faut voir les guinchons qu'on salit et la vaisselle qu'on casse quand on veut s'appliquer.
C'est tout juste s'il ne faut pas repeindre la cuisine après. En plus, la recette du tyran sauce à
la diable est difficile à digérer, on en mange pendant des années et à force, ça lasse.

Si on y goûte encore, ce n'est pas à notre table. C'est devenu un plat exotique à déguster
entre autochtones. Si nous aidons quelquefois volontiers ces gens-là à mettre la nappe,
chez nous, nous n'avons gardé de cette recette que les quelques ingrédients létaux les plus
subtils, les moins facilement discernables, gourmets que nous sommes !

Nous faisons confiance aux connaisseurs, " plus jamais ça " disaient les Poilus de 14, les
rescapés des camps de concentration, les résistants de la première heure, les fusillés des
plages normandes, les vétérans d'Indochine, ceux du Vietnam, les anciens d'Algérie, ceux de
la guerre du Golfe, les habitués du Secours Populaire, de la Croix-Rouge, des Restos du Cœur,
de l'Armée du Salut. Non, plus jamais ça…

Catherine Bastère-Rainotti © décembre 2002 - tous droits réservés

*Le site de Luis Rego : http://luis-rego.com
 

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