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Chroniques de la Vie Ordinaire

 

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        Lire et RéCréer : les Z'écritures... Chronique de la vie Ordinaire octobre 2002

On me pose souvent la question : "
En matière de littérature enfantine, quelles sont les règles,
quel est le vocabulaire à employer
?" J'ai compilé, ci-dessous, les réponses que j'ai faites, au
fil du temps. Ces réponses n'engagent que moi et je ne prétends pas avoir la science infuse.

Le fond :
Il n'y a pas de règles à proprement parler sauf celles qui régissent la littérature : une bonne
plume, une bonne histoire avec un début, un développement, une fin. C'est aussi simple.

La notion de "littérature enfantine" est récente, elle apparaît vers le milieu du XIXè siècle, et je
la trouve parfaitement irritante. Elle ne l'était certainement pas aux yeux de l'éditeur de la
Comtesse de Ségur qui avait trouvé là soit un nouveau créneau de revenus, soit une ouverture
pour fréquenter "la haute". Encore que je préfère les sous-entendus farfelus, l'écriture débridée,
vivante, de la pieuse Sophie à celle de Jules (Verne) qui me glace, tant elle est désincarnée.

A moins qu'il ne faille considérer la création d'une bibliothèque rose pour les jeunes comme un
effort méritoire, une prise de conscience de cette époque qui dévorait ses enfants comme une
ogresse, une sorte de premier pas salvateur pour les considérer comme des enfants et non
plus comme des bêtes de somme taillables et corvéables à merci, en usine, à la mine, aux
champs, dix heures par jour, tout au long de l'année, dès l'âge de sept ou huit ans... Une
sorte de révolution culturelle à la Jules (Ferry) en pleine évolution industrielle, au temps
de la colonisation...

Cependant, je voudrais vous rappeler, pour mémoire, que tous les écrivains anciens célèbres
(Dickens, Andersen, Dumas...) qu'on bombarde allègrement "écrivains pour enfants" de nos
jours, ne l'ont jamais été de leur propre volonté. Ils ont décrit leur époque, vu leur monde de
façon atypique, critique, poétique, bref tout ce qu'on voudra, mais ils écrivaient c'est tout. Ils
ont toujours joui, auprès de leurs confrères dits aujourd'hui "écrivains pour adultes" de la
même notoriété et du même respect que n'importe lequel d'entre eux. Tout simplement
parce qu'ils n'ont jamais songé, eux, à faire de différence là où il n'y avait pas à en faire.

Puisque je parlais plus haut de révolution culturelle, je me souviens que Marcel Pagnol disait
qu'une révolution c'est partir d'un point, faire un tour complet, et revenir au même point, aussi,
je crains, qu'aujourd'hui, cette classification de la littérature par tranches d'âges n'aboutisse
qu'à une minimalisation intellectuelle, une perte de substance notable des textes mis entre
les mains des jeunes. Gardons-nous de créer un Golem, une sorte de vie rêvée des anges
dans laquelle nous voudrions voir évoluer nos enfants d'Occident.
Ce serait une vie dans laquelle la naissance, la mort, l'amour, la haine seraient traités comme
de très lointains concepts préhistoriques et dégoûtants qu'il conviendrait d'expurger. Je ne
voudrais pas que, par effet de mouvance, on préfère promouvoir des livres qui parlent de sport,
de bluette, de choses bien lénifiantes dans un style aseptisé, ou, a contrario, de façon
récurrente et larmoyante de problèmes de société, divorce, chômage, etc... alors que tant
d'ouvrages de qualité seront publiés par ailleurs, presque sous le manteau.

Non, il n'y a pas de littérature enfantine. Il y a, de la part de certains auteurs et des éditeurs
qui ont la clairvoyance de les accompagner, la volonté, le goût, l'envie, le talent, de raconter le
monde aux enfants aussi. Ce monde, le nôtre, le leur, n'est ni tout blanc, ni tout noir, nous y
vivons simultanément et non pas les adultes d'un côté, les enfants de l'autre. Si dans la tête
de quelques uns c'est le cas, c'est une erreur. Outre que la vie est une pandémie, c'est une
mosaïque de couleurs, d'émotions, d'expériences qui méritent d'être partagées par tous afin
de nous garder d'avoir un regard nombriliste, et, partant, parcellaire.

Il faudra bien, qu'un jour, nous nous débarrassions une fois pour toutes de cet affreux poncif
qui veut qu' "écrire c'est pas fatiguant : on est assis !" Alors pensez-donc ? Quand c'est pour
des enfants ! Encore plus fastoche...

Je dirais qu'un écrivain qui peut être lu avec autant de satisfaction par des enfants que par des
adultes est supérieur aux autres puisque cela tendrait à prouver qu'il y a suffisamment de
matière, de degrés de profondeur dans son texte pour que chacun y puise à pleines mains.
Entre nous : j'ai publié du Maupassant dans la biblio des enfants sur lirecreer : il est beaucoup
lu. Pourtant, ce ne sont pas des textes à première vue, faciles, tant du point de vue des idées
véhiculées que de la syntaxe, ce n'est pas un auteur pour enfants (...poils aux dents, comme
dirait Philippe Fournier) selon les critères en vogue. Alors ?

Alors il ne faut pas sombrer dans cette sélection imbécile de "sérieux, pas sérieux", de
"facile, difficile", de "pour adultes, pour enfants" en matière de bonne littérature.

Les enfants savent très bien trier. Ils prennent ce qu'ils peuvent prendre. Le reste vient après,
quand ils sont prêts à accueillir ce reste. N'avez vous jamais lu, à des âges différents, le même
livre en y découvrant à chaque fois quelque chose que vous n'aviez pas vu avant ? Et pourtant,
vous l'avez toujours aimé, ce livre, mais pas forcément pour les mêmes choses.

La forme :
Hormis des références politiques, morales, scientifiques, littéraires trop ardues (mais c'est
valable pour tous les âges), des mots très pointus, très rares (je n'écrirais pas "j'étais en pleine
déréliction", je dirais "je connaissais une solitude morale complète" c'est plus long, mais c'est
plus accessible.) qui sont à bannir, il n'y a pas de vocabulaire spécial pour tel ou tel âge. Il
n'y a que des lecteurs qui s'attendent à être respectés. Il me semble qu'une langue claire,
châtiée, est un bon début.

Bémol :
Au même titre que je ne supporte pas qu'on parle aux enfants comme s'ils étaient des abrutis,
je déteste la mode qui trotte consistant à faire parler les héros d'un livre, d'une nouvelle, comme
le dernier des petits voyous de la ZUP. J'adore l'Argot, et la verdeur roborative de certaines
expressions populaires me met en joie, mais je ne sache pas qu'ils aient à voir avec la vulgarité
qui accompagne le non moins vulgaire vide sidéral de certains livres qu'on pourrait appeler les
Vampires de l'intelligence.

Notre rôle est d'élever ceux qui nous lisent, pas de les plonger dans une crasse intellectuelle et
sémantique. Il s'agit avec des mots souvent simples, parfois recherchés, en les articulant suivant
une personnalité propre, de trouver une alchimie vitale pour exprimer des pensées différentes,
une façon de voir autre que celle communément admise. Sinon à quoi servirions-nous ?

Demandez-vous quelle est votre culture ? A quel critère de littérature vibrez-vous ? Vers quel
genre êtes-vous porté ? Qu'avez-vous envie de dire, surtout. Je crois c'est la clé de voûte :
qu'est-ce que vous voulez dire ? A qui voulez-vous le dire ?

Enfin, et bien que cela ne concerne pas réellement la question primitivement posée, ne vous
attendez pas à "vivre" de votre plume, écrivez, écrivez, écrivez. Et jetez, jetez, jetez, impitoya-
blement ce qui ne convient pas. C'est tout. C'est beaucoup. C'est ce qui fera toute la différence.
Je suis persuadée qu'écrire n'est pas un acte d'avare, de goinfre. Ecrire c'est un peu comme
préparer un bon repas : pour nourrir les autres. Aussi se doit-on d'être draconien sur la qualité
de la matière première.

Si pour ma part j'écris pour moi, pour ma satisfaction, ma libération, je vous mentirais si je vous
disais que je n'écris pas autant pour les autres. Cependant, bien que j'écrive sérieusement, en
y mettant les quelques facultés que je possède, je me suis toujours soigneusement gardée de
me prendre au sérieux. D'abord parce que si j'avais le talent de Flaubert, on le saurait déjà, et
ensuite parce que la prétention, ça fait enfler la tête et les chevilles, ça rend moche, ça gâche
tout.

Catherine Bastère-Rainotti © octobre 2002 - tous droits réservés
 

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