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            Le grand portail s'ouvrit sans bruit. Le silence, l'atmosphère, qui
régnaient ici étaient si denses qu'ils étaient presque palpables.

" Entre ! " dit une voix en lui, mais ses pieds ne semblaient pas
répondre à sa volonté. Avait-il peur ? Non, c'était autre chose,
c'était plus fort...

A ce moment il se rappela les discussions qu'il aimait tenir
avec ses camarades Ali, Boubker et les autres, à la fac, sur le
paradis et l'enfer... l'existence... Ils l'avaient classé athée, adepte
de Marx, Sartre et Camus, et menacé quelquefois.
Il n'avait jamais cru que ses camarades mettraient leurs mena-
ces à exécution... C'était de simples discussions sur des propos
plus hypothétiques, incertains, que philosophiques ou religieux...
Et puis il s'était passé plus de trente ans depuis.

Ali, qu'il avait rencontré ce matin même, n'était pas le plus pu-
riste de la bande à l'époque. Il semblait plus souriant et avenant
que les autres. Si bien qu'un jour Boubker (qui se prenait pour le
gardien et le protecteur des livres et des écrits sacrés) lui fit
remarquer qu'un bon fidèle doit s'abstenir de sourire tout le
temps, parce que le sourire enlève à son porteur toute forme
de sérieux.

Boubker, Bob comme il aimait à l'appeler, suscitait son admi-
ration par son aptitude à trouver des aphorismes adéquats à
n'importe quelle situation, il admirait aussi la rapidité de ses
réponses, on dirait qu'il savait à l'avance la question qu'on
allait lui poser. Quand il le voyait, Bob évitait toujours la con-
frontation, il le connaissait et semblait ne pas lui tenir rigueur
de ses idées libérales.
Mais si Boubker ne trouvait rien à lui dire, rien à puiser dans
ses stocks de phrases toutes faites, stéréotypées, qu'il lâchait
d'habitude avec tant de promptitude, c'est parce que parler à
un impie est pêché en soi.

Il se souvenait que ce matin il s'était réveillé, rasé, qu'il avait pris
son petit déjeuner en famille avant d'accompagner ses enfants
à l'école. C'est au moment où il s'apprêtait à remonter dans sa
voiture, qu'il avait aperçu Ali.
Ali avec une longue barbe, une moustache rasée, habillé de
longs haillons que recouvrait une jaquette de cuir noir. Il avait
éclaté de rire en le voyant et lui avait lancé :
- Alors Ali, te voilà fait comme Marx !
Et Ali, avant de s'éloigner, s'était contenté de cracher vers lui.

A midi en sortant de son collège, il aperçut deux barbus à côté
de sa voiture. De loin il reconnut Bob et Ali, " Ali est allé cher-
cher du renfort " pensa-t-il.
Comme il abordait les deux hommes, Bob lui dit :
- J'ai toujours voulu te donner un message.
- De qui ?
- D'un ange...
Alors il sentit quelque chose lui piquer le cœur.

En ouvrant les yeux, il avait vu une lumière blanche qui l'obligea
à les refermer.
- Entre ! Tu peux le voir mais ne lui parle pas, il dort encore. Il a
eu de la chance, le poignard est passé juste à côté du cœur.

Mohamed Jarouih © 29 septembre 2004 - Tous droits réservés.
   
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